Chimiothérapie à base de fluoropyrimidines
fluoropyrimidines
Les chimiothérapies à base de fluoropyrimidines (5-fluorouracile [5-FU] et capécitabine) agissent en bloquant la multiplication des cellules cancéreuses. Le fluorouracile, souvent abrégé en 5-FU, est un médicament utilisé en chimiothérapie pour traiter plusieurs types de cancers, notamment ceux du tube digestif, de la sphère ORL et les cancers du sein.
Chez certains patients, une enzyme appelée DPD (dihydropyrimidine déshydrogénase) peut être absente ou insuffisante. Cette enzyme est essentielle pour éliminer les fluoropyrimidines de l’organisme. En cas de déficit en DPD, le médicament peut s’accumuler et provoquer des effets indésirables graves, voire mortels.
C’est pourquoi, depuis 2019, un dosage sanguin appelé uracilémie est obligatoire avant toute première prescription de 5-FU. Ce test permet de détecter un éventuel déficit en DPD qui aura pour conséquence d’adapter la posologie ou d’éviter l’administration de 5FU.
La nouvelle liste des « never events », publiée dans le Bulletin officiel santé du 31 mai 2024 inclus le mauvais usages de fluoropyrimidine (5-FU) :
administration en l’absence de recherche pourtant obligatoire de déficit en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD).
HAS -InCa : Rapport « Recherche de déficit en dihydropyrimidine déshydrogénase en vue de prévenir certaines toxicités sévères (12/2018)
InCa : Fiche patient chimiothérapies à base de 5-fluorouracile (5-FU) ou capécitabine et déficit en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) (04/2019)
Ministère des solidarités et de la santé : Note d’information N°DGS/PP2/DGOS/PF2/PF4 du 19 mars 2019 relative à la nécessité de mesurer l’uracilémie (04/2019)
OMEDIT NAGG : 5 FU Fiche mémo officine & 5 FU Fiche mémo établissement de santé & Poster 5 FU (2019)
HAS : SAM de l’ANSM sur les fluoropyrimidines : sécuriser la prescription et la dispensation (09/2021)
Ministère de la santé et de la prévention : DGS-Urgent 5-fluorouracile, capécitabine : dosage de l’uracilémie obligatoire avant tout traitement par des fluoropyrimidines (09/2023)
état des lieux des pratiques des chimiothérapies à base de 5-FU (hors Capécitabine)
et du respect de la recherche du déficit en DPD avant toute administration
au sein des établissements de santé.
À la suite d’alertes de patients, la Direction Générale de la santé (DGS) a lancé une enquête nationale fin 2024 pour vérifier l’application de la recherche du déficit en DPD dans les hôpitaux.
Objectifs & méthodologie :
Le RésOMEDIT a réalisé un état des lieux sur la recherche d’un déficit en DPD et la prise en compte des résultats avant toute primo administration de 5-FU (hors Capécitabine) en établissement de santé.
- Période de l’enquête : 14/09/2024 au 15/11/2024
- Audit rétrospectif de dossiers : 01/01/2024 au 30/04/2024
- Cibles : ES autorisés pour l’activité de cancérologie ou associés
- Questionnaire : web outil SPHINX
- Outils de communication : Mailing et Newsletter
Résultats nationaux
Une mobilisation forte des établissements de santé
L’enquête, menée par le ResOMEDIT entre septembre et novembre 2024 auprès de 590 établissements, a recueilli les réponses de :
– 489 établissements sur l’organisation du dépistage ;
– 374 établissements ayant réalisé un audit rétrospectif de 4 198 dossiers patients, représentatifs de 11 155 primo-prescriptions de 5-FU.
Toutes les régions et territoires d’outre-mer ont participé, témoignant d’une mobilisation nationale exemplaire des établissements de santé autorisés ou associés à l’activité de cancérologie.
Des résultats qui font état du respect des bonnes pratiques par les professionnels de santé
– 86 % des patients ont bénéficié d’un dosage d’uracilémie ;
– Dans 82 % des cas, le résultat du dosage a été rendu avant la première cure ;
– Aucun patient porteur d’un déficit total en DPD n’a reçu de 5-FU durant la période étudiée ;
– 95 % des résultats des analyses biologiques ont été rendus dans le délai recommandé (≤10 jours) ;
– Une adaptation posologique a été mise en œuvre pour 86 % des patients présentant un déficit partiel.
Ces résultats suggèrent que la grande majorité des établissements respectent cette obligation de mesure du taux d’uracilémie conformément aux obligations réglementaires en vigueur depuis 2019.
Des résultats qui pointent les marges de progression dans les établissements de santé
L’enquête a permis d’identifier plusieurs freins :
37 % des établissements de santé ne disposent pas de message d’alerte dans leurs logiciels de prescription ou de dispensation ;
40 % des établissements de santé ne disposent pas de protocole d’adaptation posologique en cas de déficit partiel ;
La traçabilité du résultat reste hétérogène, et l’accès au résultat par les pharmaciens de l’établissement de santé n’est pas systématique.
Des résultats qui ont donné lieu à des recommandations concrètes pour renforcer la sécurité
Le ResOMEDIT a formulé 5 propositions d’action, présentées à la DGS, à l’Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM), à la Délégation au numérique en santé (DNS), à l’Institut national du cancer (INCa) afin de :
– Renforcer les alertes logicielles dans les logiciels d’aide à la prescription de chimiothérapie et les logiciels d’aide à la dispensation.
– Faciliter l’accès des professionnels de santé au résultat du dosage d’uracilémie via le Dossier médical partagé (DMP).
– Définir les situations d’urgence thérapeutique justifiant une initiation de traitement par 5-FU sans résultat d’uracilémie disponible.
– Optimiser le circuit du prélèvement pour réduire les délais.
– Élaborer des recommandations nationales d’adaptation posologique selon le statut en DPD.
Une réponse des autorités sanitaires, coordonnée par la DGS, est en cours d’élaboration
L’ANSM et l’INCa se pencheront sur l’élaboration de recommandations nationales d’adaptation posologique du 5-FU et sur l’identification d’éventuelles situations d’urgence pour lesquelles l’initiation du traitement ne peut être différée en l’absence de résultat de l’uracilémie. Ces travaux embarqueront également la capécitabine, autre médicament de la famille des fluoropyrimidines, dont l’utilisation est également soumise à la réalisation d’un dosage uracilémique bien que ce traitement n’ait pas été abordé dans l’enquête du ResOMEDIT.
En effet, la capécitabine étant principalement utilisée chez des patients ambulatoires, elle n’a pas pu être intégrée dans le périmètre de l’enquête nationale circonscrite au secteur hospitalier.
Les actions de la DNS porteront sur un renforcement des outils numériques (logiciels de prescription et DMP) pour aider les professionnels de santé dans la prise en charge des patients.
Par ailleurs, l’ANSM poursuit sa surveillance renforcée sur les chimiothérapies contenant des fluoropyrimidines via le dispositif de pharmacovigilance. Le dernier rapport de l’enquête nationale annuelle de pharmacovigilance (données 2024) sur les toxicités graves (telles que les cas de décès ou de mise en jeu du pronostic vital) des médicaments contenant du 5-FU ou de la capécitabine en lien avec le déficit en DPD vient d’être publié. Il est disponible sur le site de l’ANSM.
Ces publications régulières contribuent à sensibiliser les professionnels de santé et à leur rappeler l’obligation de dépistage en DPD avant toute initiation de traitement.
Un signal fort envoyé aux patients et aux professionnels
Cette enquête illustre la prise en compte concrète d’un signal émanant des patients, et la mobilisation des pouvoirs publics pour garantir la sécurité d’utilisation des traitements anticancéreux.
« Cette enquête nationale confirme que les professionnels de santé ont largement intégré le dépistage du déficit en DPD dans leurs pratiques, contribuant ainsi à sécuriser les traitements par 5-FU. Elle illustre aussi la capacité des autorités sanitaires à répondre concrètement aux enjeux des patients, en mobilisant l’ensemble des acteurs pour améliorer encore la qualité et la sécurité des soins. La prochaine étape concerne la vérification des conditions d’usage de la capécitabine, principalement utilisée en ville, afin de nous assurer que les patients traités bénéficient également d’un dosage uracilémique. Ces travaux mettront notamment à contribution la Caisse d’assurance maladie (CNAM) » conclut la Direction générale de la Santé.
Résultats d’Île de france
Vous avez été nombreux à prendre le temps de répondre à cette enquête et nous en sommes heureux.
Nous tenions à vous remercier vivement d’avoir pris ce temps que nous savons précieux !
- ResOMEDIT : Enquête nationale RESOMEDIT relative au dépistage obligatoire d’un déficit en DihydroPyrimidine Déshydrogénase (DPD) avant toute initiation d’un traitement par 5-FU en établissements de santé
- Ministère de la santé : Chimiothérapie : une enquête nationale au sein d‘établissements de santé rassure sur le respect du dépistage obligatoire avant traitement par 5-FU (11/2025)
- ANSM : Chimiothérapie : une enquête nationale au sein d‘établissements de santé rassure sur le respect du dépistage obligatoire avant traitement par 5-FU (11/2025)
- ANSM : Chimiothérapie à base de fluoropyrimidines (5-FU et capécitabine) : le dépistage du déficit en DPD reste indispensable pour réduire les risques de toxicité grave (11/2025)
- ANSM : La liste des « never events » est actualisée (06/2024)











